Hébergement : RI, RTF et RAC en temps de pandémie, les fantômes invisibles

 Par Delphine Ragon (PARDI)

 Les familles s’interrogent, et nous aussi, sur la pertinence d’imposer des règles de confinement aussi strictes qu’en CHSLD aux personnes qui vivent en ressource intermédiaire, de type familial ou à assistance continue. Nous sommes tous conscients que le respect des règles de distanciation sociale représente un défi particulier dans une ressource d’hébergement où vivent des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme et que les lieux du quotidien ne sont pas adaptés aux consignes sanitaires, surtout quand on leur demande de mettre en place des zones froides et chaudes en cas d’infection. Nous croyons, ceci dit, qu’il est possible de procéder à des aménagements pour autoriser les visites et les sorties à l’extérieur, ou encore permettre aux résidents d’avoir accès au salon et à la salle à manger de la RI, quitte à aménager des horaires spéciaux. Les résidents, dans de nombreuses ressources, se retrouvent confinés dans leur chambre parce que cette situation est plus facile à gérer pour des employés pas toujours outillés ou formés, sans matériel de protection et dépassés par la situation. Et puis, rappelons qu’une ressource d’hébergement, c’est un peu comme une colocation, les résidents ont le droit de pouvoir continuer à vivre ensemble s’ils le souhaitent. C’est aux milieux de vie eux-mêmes, en collaboration et avec l’aide des intervenants des CIUSSS concernés, de trouver des solutions. « On trouve des solutions pour toutes les autres catégories de personnes de la société (…) mais pas pour eux autres? Ça ne marche pas », dénonce Chantal Perron, sœur de David résidant d’une RI, dans une entrevue à Radio-Canada parue le samedi 2 mai 2020. Le milieu communautaire fait régulièrement des demandes au ministère de la Santé et des Services Sociaux et aux CIUSSS parce que la situation est inquiétante. Nous ne sommes pas les seuls, nous savons que vous, les familles, vous inquiétez aussi car vous connaissez bien la réalité et les dysfonctionnements de ces milieux de vie « en temps normal », ainsi que de la difficulté d’avoir de l’information sur ce qui s’y passe réellement en cette période complexe de pandémie. Pas de chiffres de contamination Qu’en est-il des cas d’éclosions de COVID-19? Il nous est très difficile d’avoir les chiffres exacts. Le cabinet du ministre Carmant nous dit : « Nous suivons jour après jour les chiffres de confinement, de cas suspectés, de cas confirmés dans ses lieux tant chez les usagers que chez les employés. La situation n’a rien à voir avec ce qui se passe en CHSLD et en RPA. Tout est sous contrôle. » Cette réponse ne nous rassure pas, nous voulons des chiffres. Les familles et les résidents souffrent de ne plus pouvoir se rencontrer puisque les visites sont interdites. Les liens téléphoniques ou virtuels ne suffisent pas, même quand ils sont possibles. Pourquoi a-t-on maintenu les visites pour les parents d’enfants en hébergement au Centre de Réadaptation Marie-Enfant du CHU Sainte-Justine (CRME) alors qu’elles ne sont pas possibles en RI, RTF et RAC ? C’est la question que nous avons posée lors d’une rencontre avec les 5 CIUSSS de Montréal lundi 4 mai de l’an dernier. Des consignes vont bientôt arriver du ministère, nous a annoncé la direction. Le 5, François Legault annonçait l’ouverture des CHSLD et des milieux de vie des aînés aux visites des proches sans parler, encore une fois, des personnes handicapées. Pourtant, une communication écrite d’un CIUSSS nous confirme que la mesure sera effective pour eux aussi : « Tous les lieux d’hébergement de longue durée doivent ouvrir aux proches aidants significatifs. Covid ou pas. On attend encore des directions pour s’assurer que significatif comprend bien le plus grand nombre. » Nous continuons de revendiquer vos droits !